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18 mars 2022 – Bonjour à toutes et à tous,

Je vous préviens, ce message va être long. Il y a beaucoup de choses à dire. Nous discuterons de l’avenir à court et à moyen terme de la Fondation des Gardiens virtuels et des changements majeurs qui se mettent en place graduellement. Cependant, avant de parler du présent, retournons dans le passé.

Historique

L’élément déclencheur

Si vous suivez la scène québécoise du sport électronique de la dernière décennie, vous avez sûrement déjà entendu parler des équipes compétitives de Boreal eSports, l’une des organisations pionnières dans le milieu du sport électronique canadien. Cependant, ce que peu de personnes se rappellent, c’est que nos équipes n’étaient qu’une partie de l’organisation. En effet, nous avions une division récréative nommée Boreal Gaming. À travers les années, c’est plus de 2500 joueurs qui en ont fait partie. En plus des activités en ligne et en personne que nous organisions, nous avons réussi à créer un écosystème où tout le monde pouvait se sentir le.la bienvenu.e. Pour beaucoup de nos membres, Boreal était devenu une deuxième famille – et pour certain.e.s, c’était leur seule. En tant que famille, nous nous soutenions. Il me serait impossible de compter le nombre de nuits passées à écouter et à réconforter certain.e.s de nos membres et je n’étais pas le seul à le faire. 

Lorsque nous avons décidé de fermer nos équipes et notre communauté en 2016 par manque de ressources, plusieurs de nos membres se sont regroupé.e.s en plus petits clans, mais la majorité est partie chacun de son côté. L’année suivante, c’est avec beaucoup d’émotions que j’ai appris que certain.e.s s’étaient enlevé la vie. Je vous avouerais que tous les scénarios « et si » m’ont traversé l’esprit. Je ne dis pas qu’iels se sont enlevé.e.s la vie parce que nous avons fermé Boreal. Rationnellement, je sais que ce n’est pas le cas, mais je vous avouerais ça me trotte quand même dans l’esprit – nous aurions peut-être pu faire la différence. C’est donc dans ce contexte que j’ai commencé à rédiger un guide visant à contribuer à la prévention du suicide dans les communautés en ligne.

Alors que j’écrivais le guide, trois constats se sont imposés. Premièrement, il y avait beaucoup de problèmes en ligne sous-jacents à la prévention du suicide : cyberintimidation, cyberdépendance, etc. Deuxièmement, les situations de nuits blanches mentionnées ci-haut n’étaient pas uniques à Boreal et aux différentes communautés avec des membres en détresse. Troisièmement, il n’y avait absolument aucune ressource disponible en ligne. Pour avoir accès rapidement aux différents organismes et à leurs services, il fallait soit y aller en personne, soit appeler. Je me rappelle même avoir vu des numéros de fax. Nous étions loin de la messagerie instantanée et des médias sociaux. Il fallait faire quelque chose.

La naissance de la fondation

Vers la fin de 2017, j’ai réuni une petite équipe de bénévoles qui, par leurs actions dans le passé, m’avaient déjà prouvé qu’iels souhaitaient aider les autres. La Fondation des Gardiens virtuels (FGV) fut créée en début 2018, puis en quelques mois seulement, nous avons réussi l’exploit d’être reconnu comme un organisme de bienfaisance. La mission de la FGV a deux composantes complémentaires: La première est d’être une balise sur Internet pour les personnes en détresse. Nous voulons aller chercher les « oublié.e.s » du système là où iels ont trouvé refuge, c’est-à-dire sur Internet. Pour nous, leurs appels à l’aide sont aussi valides qu’ils soient faits en personne ou en ligne. La deuxième composante de notre mission est de promouvoir l’utilisation responsable du numérique. Entre une industrie qui minimise les risques liés aux nouvelles technologies et des organismes communautaires qui les diabolisent, nous sommes, encore aujourd’hui, l’une des seules organisations au Québec ayant un discours nuancé sur celles-ci et sur les jeux vidéo. 

Les débuts de la FGV ont été volontairement modestes. Deux principes fondamentaux ont toujours guidé nos actions. En premier lieu, nous nous assurons que le projet ou le service que nous voulons instaurer soit viable et pérenne. Ce qui s’est passé chez Boreal Gaming ne doit plus jamais se reproduire: si nous créons une bouée de sauvetage, elle ne doit pas se retirer sans avertissements. Ensuite, notre but n’est pas de réinventer la roue: nous regardons s’il existe des façons de collaborer avec d’autres organisations et de réunir les efforts de tous dans une même direction. Dans les premières années, nos efforts ont été principalement dédiés à l’éducation du numérique chez d’autres organismes communautaires tels que des maisons des jeunes et de quartier, des centres de prévention du suicide, refuges, etc. L’idée était de les aider à faire le saut dans le monde numérique, à comprendre les nouveaux enjeux liés aux technologies et à apprendre à les apprivoiser. L’un des meilleurs exemples de collaboration est celui avec l’Association québécoise de prévention du suicide (AQPS) en lien avec le développement de leur stratégie numérique. 

Bien sûr, c’est sans compter les nombreuses autres collaborations que nous avons accomplies : conférences dans des bibliothèques, des écoles et des événements, ateliers de formations en ligne et en personne sur diverses problématiques présentes sur Internet, tournées de sensibilisation dans plusieurs festivals, participation à une multitude de recherches et de congrès scientifiques, collaborations internationales avec la France, la Suisse et les États-Unis, participation au collectif pour une stratégie nationale en prévention du suicide, création de contenu éducatif, supervision et collaboration dans l’implémentation de programmes sur les saines habitudes de vie dans les écoles secondaires et dans les Cégeps, divers projets pilotes pour évaluer les besoins requis pour la mise en place de programmes d’aide, de formations et de vigie, etc.

La pandémie

En mars 2020, la fermeture des écoles et l’annulation des événements ont affecté la Fondation des Gardiens virtuels, qui a aussi dû revoir ses plans. En urgence, une fabuleuse équipe a réussi à créer le projet temporaire Gamers en Quarantaine (GeQ), qui a contribué à briser l’isolement social de plus de 800 participants lors du confinement. C’est d’ailleurs ce projet qui a inspiré notre service actuel de prévention et de sensibilisation sous la forme d’un serveur Discord.

Avec le début de la pandémie, notre expertise n’avait jamais été autant sollicitée. Alors que nous devions nous battre contre les préjugés pour amener le milieu communautaire à comprendre l’importance d’intégrer le numérique dans leur stratégie de promotion et d’intervention, nous avons maintenant affaire à un tout autre type de discours. Cette évolution dans les mentalités était d’ailleurs perceptible lors de la consultation sur les écrans que le gouvernement du Québec a faite et à laquelle nous avons participé en 2021. 

Cependant, un problème persistait : le financement. En effet, les quelques milliers de dollars que nous avions amassés en dons jusqu’à maintenant servaient exclusivement à payer les diverses dépenses légales et obligatoires de la FGV. Cent pourcents des personnes impliquées jusqu’à maintenant étaient des bénévoles. En décembre 2020, une fenêtre d’opportunité s’est ouverte à nous.

Une année de transition

Un projet s’est intégré dans la Fondation des Gardiens virtuels qui découlait d’une initiative du gouvernement du Québec visant à trouver des solutions innovantes aux problèmes de dépression et de suicide chez les jeunes. Le concept initial de cet énorme projet avait été développé selon des indications reçues et d’un financement miroité. Malheureusement, les événements ont fait en sorte que nous n’avons reçu qu’une petite fraction de ce que nous croyons recevoir. Loin de se décourager, l’équipe a mis les bouchées doubles pour aller chercher le financement manquant et pour adapter le projet afin qu’il redevienne viable : donations de partenaires, chèques de plusieurs ministères, lettres d’intentions, etc.

De plus, même si notre campagne de sensibilisation dans les festivals fut annulée pour une deuxième année consécutive, nous avons réussi à nous réunir pour le Stream-O-Thon ! Les résultats de l’événement ont surpassé nos attentes. La FGV commençait tranquillement à avoir des fonds ! Avant de le dépenser n’importe comment et de mettre en place divers services supplémentaires, je répète qu’assurer la pérennité des ressources d’aide est dans nos priorités. 

Ainsi, la FGV a continué à offrir ses divers services de prévention bénévolement. De notre serveur Discord à nos activités de prévention directement sur la plateforme Twitch, nos interventions ont sauvé plusieurs vies ! Nous avons continué à offrir des ateliers et des formations, que cela soit à des organismes communautaires tels que « Grands Frères Grandes Sœurs du Grand Montréal », à des étudiant.e.s comme les jeunes de la FJFNB, ou encore à des personnalités influentes comme celles présentes à « La Face des internets » de Loto-Québec – une initiative qui a contribué à tisser un filet social de prévention. Nous avons aussi continué à faire des conférences pour éduquer la population et beaucoup plus encore. 

À la fin de l’année 2021, Louis-Félix Cauchon, Vice-président de la FGV et concepteur du projet mentionné ci-haut, a accompli un miracle : il a sécurisé un énorme financement de Desjardins. 

Le présent

L’opportunité qui s’offre maintenant à la Fondation des Gardiens virtuels est unique et elle ne se reproduira jamais. Il y a un danger à recevoir trop d’argent, qui vient souvent avec des conditions et des dates limites : les gens se lancent trop rapidement dans plusieurs projets sans bien évaluer la viabilité du projet à moyen et à long terme. Il est primordial d’établir des bases financières solides qui permettent la mise en place de services répondants aux besoins réels et criants de la population. 

En ce sens, des actions concrètes ont déjà été réalisées et de nombreuses annonces seront faites dans les prochains mois. À titre d’exemple, Samuel Gignac (SonOffOdin) est officiellement devenu notre premier intervenant à recevoir une compensation financière pour son temps investi au bien-être de la communauté, et il ne sera certainement pas le dernier. Dans l’établissement d’une permanence pour la FGV, l’équipe faisant la vigie et les interventions est l’une de nos plus grandes priorités. Bien sûr, il faudra augmenter notre équipe d’intervenant.e.s et mettre en place une multitude d’outils pour faciliter la tâche de nos bénévoles et de nos partenaires qui veulent contribuer à notre vision d’un environnement numérique sain et sécuritaire pour tous.

Parmi les personnes que nous voulons ajouter à notre équipe, il y a un.e expert.e chargé.e des communications et des réseaux sociaux. Ironiquement, nous sommes très actif.ve.s directement dans les communautés en ligne pour agir là où les jeunes sont, mais nous négligeons de partager ce que nous faisons au grand public. Par exemple, juste dans les exemples d’activités que j’ai mentionnées ci-haut, la plupart n’ont pas été publicisés. Notre blogue n’a même pas été réactivé sur notre site web suite à une panne majeure il y a plus de deux ans. 

Ensuite, il y a l’idée des fameuses formations des gardiens virtuels, qui a d’ailleurs inspirée le nom de la fondation, et que j’aimerais mettre en place sous peu. Utilisant le même principe que la sentinelle en prévention du suicide, le gardien virtuel serait, à la manière de parents secours pour cielleux qui s’en rappelle, un.e citoyen.ne averti.e et outillé.e à identifier divers problèmes liés au numérique, à échanger avec les personnes qui éprouvent des problèmes, puis à les aider en les orientant vers les bonnes ressources. L’éducation est l’un des meilleurs outils de prévention qui soit.

Bien sûr, comme tous les autres organismes de bienfaisance, nous allons avoir besoin du soutien d’une armée de bénévoles et de partenaires pour mener à bien notre mission : celle d’être une balise sur Internet pour les personnes en détresse ainsi que de promouvoir l’utilisation responsable du numérique. Avec le retour des événements en présentiel, nous allons aussi pouvoir réactiver nos activités de sensibilisation ! Nous avons besoin de bras sur le terrain pour ça aussi ! Pour ceux que ça intéresse, vous pouvez nous écrire à info@gardiensvirtuels.quebec

TL:DR

En bref, la Fondation des Gardiens virtuels, malgré ses ressources limitées, a réussi non seulement à être un vecteur de changement positif dans la communauté, mais elle a aussi sauvé des vies. Aujourd’hui, la FGV entre dans une nouvelle phase de son existence. Elle a enfin accès aux ressources nécessaires pour constituer une base pérenne sur laquelle ses services de prévention pourront s’appuyer dans l’avenir au lieu d’être tenue à bout de bras par la force d’une équipe de bénévoles passionné.e.s. 

Finalement, je tiens à remercier toutes les personnes et toutes les organisations qui partagent nos préoccupations et qui collaborent avec nous. Je remercie aussi à l’avance toutes celles qui se joindront à nous dans le futur ! Ensemble, nous allons aider de nombreuses vies et faire du Québec un acteur de référence dans la prévention de la détresse et du bonheur global.

On est là pour vous,

François Savard.